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Meta nourrit son intelligence artificielle avec nos vies numériques

Depuis mai 2025, le groupe entraîne ses modèles d'IA sur les publications des utilisateurs européens de Facebook et Instagram. Une fuite interne vient de rappeler ce que vaut la promesse de protection de nos données.

entraînement : vos publications consentement : introuvable
Quinze ans de vie sociale numérique, versés au réservoir d'entraînement. Illustration : Cybercratie.

Le principe tient en une phrase : tout ce que vous avez publié publiquement sur Facebook et Instagram depuis des années, photos, textes, commentaires, sert désormais à entraîner les intelligences artificielles de Meta. Le groupe a activé cette collecte pour les utilisateurs européens adultes à partir de fin mai 2025, en s'appuyant sur son « intérêt légitime », une base juridique qu'il s'est accordée à lui-même. Votre consentement, lui, n'a jamais été demandé.

Vous pouvez vous y opposer, en théorie. À condition de savoir que le dispositif existe, de trouver le formulaire, et de faire la démarche pour chaque compte. C'est le vieux tour de passe-passe du consentement inversé : le silence vaut accord, et la charge de la protection repose sur le surveillé, pas sur le surveillant. Pour l'UFC-Que Choisir, ce montage est tout simplement illégal au regard du RGPD, et les autorités européennes de protection des données examinent la conformité du traitement ainsi que l'effectivité réelle du droit d'opposition.

La fuite qui tombe mal

Fin juin, une affaire interne est venue éclairer d'une lumière crue la fiabilité du gardien. Meta a dû suspendre un programme baptisé Model Capability Initiative après qu'une erreur de configuration a exposé des données sensibles à l'ensemble de ses salariés : conversations privées, requêtes adressées à des systèmes d'IA, transcriptions, contenus professionnels. L'entreprise qui demande à deux milliards d'humains de lui confier leur vie sociale n'a pas su cloisonner ses propres données.

« Le silence vaut accord, et la charge de la protection repose sur le surveillé, pas sur le surveillant. »

Ce que pèse une vie numérique

Il faut mesurer ce que représente ce gisement. Quinze ans de photos de famille, de messages de deuil, d'opinions politiques, d'engagements associatifs : la matière première la plus intime jamais accumulée sur les populations européennes. La chercheuse Shoshana Zuboff a donné un nom à ce modèle économique : le capitalisme de surveillance, où l'expérience humaine est traitée comme une ressource gratuite à extraire, transformer et valoriser.

L'entraînement des IA en est l'étape la plus aboutie : nos vies ne servent plus seulement à nous profiler pour nous vendre des publicités, elles servent à fabriquer les machines qui écriront, décideront et trieront à notre place. La question n'est pas technique, elle est politique : qui a décidé que la mémoire collective de nos réseaux sociaux appartenait à une entreprise ? Personne. C'est précisément ainsi que la cybercratie avance : par défaut, sans vote, un formulaire d'opposition à la fois.

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